Syndrome
de Silver Russell
Dr. D. Hermans, L.Beauport
A . Définition et Incidence
Le syndrome de Silver Russell associe un retard de croissance intra-utérin sans croissance de rattrapage postnatale, avec plusieurs caractéristiques morphologiques et une asymétrie des membres.
On ne connaît pas précisément l’incidence de ce syndrome mais elle se situe entre 1/50.000 à 1/100.000 naissances vivantes et plus de 500 cas sont rapportés dans la littérature (1).
B. Symptomatologie
De nombreuses caractéristiques ont été décrites dans le
syndrome de Silver Russell et expliquent la grande diversité phénotypique qui
le caractérise (2,3).
Les signes suivants se retrouvent dans la majorité des enfants présentant cette maladie:
·
Petit poids à la naissance avec absence de rattrapage de croissance pendant les deux premières
années de la vie
·
Un
rapport poids/taille insuffisant
mais avec un périmètre crânien généralement normal pour l’âge
·
Une
insuffisance ou une absence total d’appétit lié à un fonctionnement anormal des
récepteurs à la sérotonine au niveau du système nerveux central
·
Asymétrie corporelle
·
Visage triangulaire, front large et bombé, pseudohydrocéphalie, hypoplasie du menton et du milieu de la face, coins
de la bouche tournés vers le bas et lèvre supérieure mince, palais ogival,
microdontie, oreilles bas implantées et en rotation postérieure ou oreilles
saillantes (cfr photos www.alice.be)
·
Clinodactylie de l’auriculaire,
syndactylie des 2ème et 3ème orteils, pieds plats et
étroits, fossettes dans les hanches et la partie postérieure des épaules,
scoliose
·
Voix
exceptionnellement aiguë pendant les premières années
On observe fréquemment:
·
Hypoglycémie de jeûne et légère acidose
métabolique, syncopes associées aux hypoglycémies
·
Reflux
gastro-oesophagien avec troubles
digestifs majeurs de la motilité gastrique et intestinale: retard de
vidange gastrique entraînant des vomissements ou des reflux fréquents,
constipation, diarrhée
·
Adrénarche prématurée ou puberté précoce
·
Retard
de l’âge osseux
·
Fermeture
tardive de la fontanelle antérieure
·
Otites
fréquentes
·
Retard
de développement psycho-moteur, retard de langage et du développement moteur
oral, hyperkinétisme
·
Cheveux
fins
On retrouve plus rarement:
·
Déficience vraie en hormone
de croissance (totale
ou partielle)
·
Sclérotiques
bleutées
·
Absence
congénitale des deuxièmes prémolaires
·
Anomalies
des reins
·
Hypospadias,
cryptorchidie
·
Taches
de naissance café au lait
·
Migraine
Voir aussi www.alice.be
L’étiologie du syndrome de Silver Russell n’est pas
encore connue. Une disomie uniparentale
maternelle du chromosome 7 (c’est-à-dire que l’enfant hérite de deux
copies maternelles de chromosome 7 sans contribution paternelle) a été
retrouvée mais ne représente que 7% des cas. D’autres anomalies génétiques ont
été décrites comme la délétion du chromosome 15 ou la translocation du
chromosome 19. Il existe également quelques cas de transmission autosomique
dominante (1). Dans la majorité des cas on ne retrouve aucune anomalie
chromosomique et le diagnostic de Silver Russell ne peut être posé que sur base
clinique et repose sur les caractéristiques phénotypiques décrites plus haut.
Moyennant une prise en charge adaptée, les enfants Silver Russell peuvent rattraper une croissance staturo-pondérale dans les normes et suivre une scolarité tout à fait normale avec leurs pairs.
La prise en charge du syndrome de Silver Russell
repose la plupart du temps sur le trépied suivant :
1.
Le
support nutritionnel et le traitement des troubles digestifs
2.
Le
traitement par hormone de croissance
3.
La
prise en charge par la kinésithérapie (y compris l’éducation de l’oralité) et
la psychomotricité.
Assurer une croissance
staturo-pondérale correcte repose d’abord sur l’évaluation des ingestions
(bilan calorique précis) par rapport aux dépenses énergétiques qui sont la
plupart du temps de l’ordre de 1.3 à 1.5 x la norme pour l’âge. En effet,
l’apport calorique est généralement insuffisant voire insignifiant et
nécessitera la mise en route d’une nutrition entérale (soit par sonde
naso-gastrique, soit par gaststrostomie) afin d’apporter le complément
calorique nécessaire. La nutrition entérale sera idéalement administrée la nuit
en continu (Nutrition entérale nocturne à débit continu NEDC), excepté dans les
cas où des hypoglycémies surviennent après de courtes périodes de jeûne
(<2h). Dans ces cas, la nutrition entérale sera administrée en débit continu
24h/24 via une pompe volumétrique portable dans un sac à dos.
Des troubles digestifs (4)
sont souvent présents et doivent être diagnostiqués pour être traités. Il
s’agit souvent de RGO que l’on traite dans un premier temps par médicaments
(Dompéridone ou Cisapride, Ranitidine ou IPP). Il n’est pas rare de rencontrer
des enfants avec un RGO clinique évident et fréquent (contribuant d’ailleurs à
l’insuffisance d’apport), chez qui les investigations digestives (pH-métrie,
endoscopie, scintigraphies) sont dans les limites de la normale. Néanmoins, ignorer
un RGO dans ces conditions entrave la bonne conduite du support nutritionnel.
Les résultats du traitement médical du RGO sont d’ailleurs souvent limités et
conduisent fréquemment à proposer une cure chirurgicale anti-reflux (Nissen ou
Toupet avec ou sans pyloroplastie en fonction de l’existence d’un retard de
vidange gastrique).
Le traitement par hormone de croissance est le traitement le mieux connus du syndrome de Silver Russell (6,7). Il est généralement proposé après l'âge de deux ans, même dans le cas où il n'y a pas de déficit complet en hormone de croissance. L’hormone de croissance a un effet stimulant de l’appétit mais rarement assez important pour suffire à elle-même. L’expérience dans notre série démontre l’utilité première du support nutritionnel sans lequel un traitement par hormone de croissance ne devrait pas être proposé.
La Cyproheptadine est
proposée comme antagoniste des récepteurs de la sérotonine et pourrait donner
des espoirs dans la prise en charge de ces patients surtout comme stimulant de
l’appétit.
Enfin, la psychomotricité et
la kinésithérapie doivent être précocement entreprises chez ces enfants, la
plupart du temps hyperkinétiques. La stimulation de l’oralité et la logopédie
feront partie intégrante de leur programme de (ré)éducation.
Les asymétries corporelles
nécessitent parfois des corrections chirurgicales et doivent être suivies par
un orthopédiste.
La prise en charge adéquate de ces enfants comprend
donc un suivi chez :
1.
Le
pédiatre, le gastro-entérologue pédiatre, le diététicien
2.
L’endocrinologue
pédiatre
3.
L’orthopédiste
et l’ORL
4.
Le
kinésithérapeute, le logopède, …
Références
1.
Molecular
genetic studies of human chromosome 7 in Russell-Silver syndrome ;
Nakabayashi K et al ; Genomics 2002 Feb ;79(2) :186-96
2.
The spectrum of Silver-Russell syndrome : a clinical and molecular
gentic study and new diagnostic criteria ; Price et al ; J Med Genet.
1999 Nov ; 36(11) :837-42
3.
The MAGIC Foundation ;
Asbl Association Libre d’Informations sur la Croissance des Enfants
« Silver Russell » ; www.alice.be
4.
Gastrointestinal Complications of Russell-Silver Syndrome : A Pilot
Study ; Jeff Anderson et al ; American Journal of Medical Genetics
113 :15-19 ;2002
5.
Feeding problems in Silver-Russell syndrome ; Blisset J, Harris G,
Kirk J, Developmental Medicine and Child Neurology 2001, 43 :39-44
6.
Growth hormone treatment of Russell-Silver syndrome ; Stanhope R,
Albanese A, Azcona C ;Horm Res.1998 ; 49 Suppl 2 :37-40
7.
Growth and symtoms in Silver-Russell syndrome : review on the basis
of 386 patients ; Wollmann H.A., Kirchner T., Enders H., Preece M.A.,
Ranke M.B. ; Eur J Pediatr (1995)154 :958-968